OSTOS – Collectif d'ostéopathes

Charlotte Weaver

Charlotte Weaver, l’immémorée

Lorsqu’on parle d’ostéopathie crânienne, on pense directement à W.G. Sutherland et son « idée folle » et aux travaux de H. Magoun Jr. Pourtant, une autre élève d’A.T. Still, contemporaine de celui qu’on considère comme étant le pionnier de l’ostéopathie crânienne, a consacré 25 années de sa vie à la recherche ostéopathique crânienne. Cette femme, il s’agit de Charlotte Weaver, ostéopathe, infirmière et neuropsychiatre.

Charlotte Weaver
Charlotte Weaver

Charlotte Weaver, une grand femme d’Akron

Charlotte Weaver naît le 20 avril 1884 à Akron dans l’Ohio, 10 ans après que A.T. Still a présenté ses théories et ses résultats sur l’ostéopathie. De 1909 à 1912 elle étudie l’ostéopathie à l’American School of Osteopathy à Kirksville dans le Missouri où elle obtient son diplôme d’ostéopathie avec des certificats supplémentaires en physiologie et en dissection pratique. Élève d’A.T. Still, celui-ci l’encourage personnellement à mener des recherches sur la circulation du crâne vers la moelle épinière.

C’est en 1914 que la Dr. Weaver commence à exercer. Cette année-là, elle épouse également Walter Edward Wingerter, un fabricant de caoutchouc, à Akron dans l’Ohio. Elle travaille dans sa ville natale pendant plusieurs années avant de passer quelques années à Paris de 1931 à 1935 où elle exerce en tant que psychiatre (anciennement aliéniste) et ostéopathe. Après quatre années à l’étranger, elle retourne à Akron. En 1942, deux ans après avoir été élue à l’American College of Neuropsychiatrists elle est certifiée en neuropsychiatrie. Charlotte Weaver meurt le 28 décembre 1964 à l’âge de 80 ans.

Pour en apprendre davantage sur la vie de la Dr. Weaver vous pouvez vous rendre sur le site de Florence Bruegghe, infirmière et ostéopathe, qui a mené des recherches exhaustives sur cette ostéopathe du XXème siècle.

Les recherches de Charlotte Weaver

Les docteurs Sutherland et Weaver ont tous les deux consacré de nombreuses années à développer leurs idées à propos de l’ostéopathie crânienne, toutefois ils n’auraient eu que très peu d’interaction. Ses recherches commencent en 1911 alors qu’elle est encore étudiante. En associant ses observations en dissection à son étude exhaustive de l’embryologie, elle théorise que le tissu embryonnaire qui s’est différencié en os du crâne correspond au tissu qui s’est différencié en vertèbres. Ainsi elle propose que la base du crâne se compose de vertèbres modifiées et possède une plasticité. 

Théorie vertébrale du crâne

Selon son concept, le dorsum sellae (le bord arrière de la selle turcique) correspond à la première vertèbre crânienne, le sphénoïde à la deuxième et l’occiput à la troisième. Ces trois structures étant à l’origine séparées par un disque, C. Weaver les apparente à des articulations. Il convient de noter que la notochorde, dont sont issus tous les corps et disques vertébraux, se prolonge dans le dorsum sellae, ce qui explique pourquoi le Dr. Weaver désigne le dorsum sellae comme la première vertèbre crânienne dans sa théorie. Pour les plus curieux d’entre vous, l’Osteopathic College of Ontario propose deux vidéos expliquant les travaux de l’ostéopathe américaine que vous pouvez retrouver en cliquant ici et ici.

Ces considérations embryologiques font écho aux idées des naturalistes Goethe et Oken de la fin du XVIIIème siècle. Cette théorie vertébrale du crâne a toutefois été démentie. Nous vous invitons à lire cet article de l’anatomiste lyonnais Léo Testut paru en 1999 dans la revue Ostéo n°49 disponible sur le site L’Ostéo4pattes – Site de l’ostéopathie.

L’oubli des travaux de Charlotte Weaver

Quand Margaret Sorrel, ostéopathe DO, présentait son livre Charlotte Weaver : A pioneer in craniosacral osteopathy en 1998 portant sur la vie et les travaux de la Dr. Weaver, personne dans l’audience ne semblait avoir entendu parler d’elle. Moi-même j’ignorais tout des recherches du Dr. Weaver avant que je ne tombe sur des articles la mentionnant en faisant des recherches sur le mécanisme respiratoire primaire crânien. Comment expliquer qu’elle soit tombée dans l’oubli?

Un premier argument pourrait être lié au fait que Dr. Weaver, bien qu’elle ait publié des articles, n’a jamais publié de livres. Aussi, ses travaux n’ont peut-être pas joui de la même portée que s’ils avaient été édités. Par ailleurs, il existe très peu d’informations sur les traitements ostéopathiques qu’elle employait. N’ayant pas assez de preuves de ses idées thérapeutiques, la Dr. Weaver n’a pas publié de méthodes de traitement. Toutefois, il semblerait qu’elle recommandait d’appliquer un ajustement ostéopathique unique après documentation radiographique du « déplacement » (displacement). Selon le Dr. Steven Sanet DO, de l’Osteopathic College of Ontario, C. Weaver considérait qu’il fallait effectuer le traitement crânien avant ossification de os du crâne (18-25 ans).

John M. Jones, ostéopathe, dans son article paru en mars 2012 dans le Journal of  the American Osteopathic Association estime que si les idées originales de la Dr. Weaver sont tombées dans l’obscurité après sa mort, c’est peut-être parce que son groupe d’étude n’a pas su enseigner ses concepts de manière organisée, comme l’ont fait les étudiants du Dr. Sutherland avec ses concepts. « Ce qui distingue la contribution de Sutherland, en plus du type d’information anatomique semblable au travail de Weaver, c’est la découverte d’un mécanisme, élégant, subtil et profond » (traduction de Florence Bruegghe) peut-on lire dans le journal de l’American Association of Osteopathy du printemps 2001.

Enfin, peut-être était-ce lié au fait que le Dr. Weaver était une femme et, pour citer les propos de François Peyralade rapportés par F. Bruegghe, « il faut se reporter aux années 1920 et au rôle des femmes dans la société de cette époque ». Charlotte Weaver a-t-elle été victime de l’effet Matilda?


Références

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